Quémènès    

         

QUEMENES
(et Lédénès Quémènès)

Propriétaire : Conservatoire du Littoral Accès Quémènès : Sur réservation (voir ce site)
ou autorisation.
 
Situation
Située à  environs 2.6 Milles (4.8km) de Molène, l'île de Quémènès est plus longue que Molène et  fait  la moitié de sa largeur ! (1300 m/400 m).
Quémènès est le seul îlot de l'archipel de Molène à être habité, mais depuis peu seulement... En effet, depuis 2007, un couple de jeunes s'y est installé, invité par la Région à mener à bien un projet de ferme insulaire sur l'île. (voir plus bas sur cette page)
Avant eux, c'est la famille Tassin, qui était propriétaire de l'île. Ils avaient quitté Quémènès dans les années 90...
 
Situation de Quémènès dans l'archipel de Molène (©S.Cuillandre) (image:©2007 Google - Imagery ©2007 DigitalGlobe)

Un peu d'histoire

Quémènès, a depuis des temps reculés toujours été habitée à en juger par les monuments mégalithiques qu'on y a retrouvé. C'était l'île la plus productive de l'archipel, salvatrice pour des générations entières de paysans, de pêcheurs, mais aussi de goémoniers, qui s'installaient également sur l'île pendant leurs longues saisons de récolte. La Marine Royale trouvait également grâce en arrivant à Quémènès... En effet, l'île disposant d'un puis (qui existe toujours), les navires s'y ravitaillaient en eau potable... mais c'est aussi sa localisation qui intéressait la Royale. Ainsi les navires étaient mis à l'abri dans la passe Sud-Est en cas de de tempête d'Ouest ou de Suroit...

René MASSON raconte dans le Skréo N°47, que l'île était habitée avant 1900 par Jean-Marie LE GUEN (son arrière grand père maternel), marié à Claudine LE MOIGNE. Ils vivaient essentiellement de la récolte du goémon, de la pêche, mais aussi de la culture du blé, de l'orge et des légumes (pommes de terre, betteraves, rutabagas et choux) Ils possédaient vaches, cochons et poules. Le pain était fait sur place (le four à pain est présent dans toutes les îles). Le produit de la soude extraite du goémon, servait aux achats d'équipements. Jean-Marie LE GUEN devait périr en mer en 1889, en allant au Conquet conduire sa femme sur le point d'accoucher.
       La succession fut prise par la famille FLOCH. Mme FLOCH était une soeur à Jean-Marie LE GUEN. C'était une maîtresse femme connue sous le nom de "Marie Quémènès" et qui avait la poigne et la stature pour mener une équipe de 20 "mevels" (domestiques en Breton) qui n'étaient pas des enfants de chœur ! Des gens qui pour la plupart avait maille à partir avec la justice et qu'on envoyait là pour se faire oublier... Toute la semaine la boisson était l'eau, mais les samedis et dimanches il y avait distribution de vin... on imagine alors le rattrapage et les rixes qui s'en suivaient. Marie Quémènès arrêta ses activités au début des années 1930.
        Par la suite, Henri TASSIN qui fut d'abord locataire de l'île, acheta Quémènès en 1960. Et là, c'est sa fille (Marie-Thérèse DARQUE-TASSIN) qui raconte cette tranche de vie passée sur l'île, dans un ouvrage intitulé "
Un bout de vie sur l'île de Quémènès" aux éditions La Découvrance.


L'auteur raconte comment, en plein milieu du XXe siècle, elle a vécu là un bon « bout de vie » avec son père, sa mère et ses trois frères et sœur. Naufragé volontaire, son père, Henri Tassin, animé d'un idéal de vie singulièrement en avance sur son époque, veut faire de l'île bagne une île paradis. Extrait :
Tant que mon père était locataire de l'île, il exploitait le goémon comme ses prédécesseurs. Il développa les cultures et l'élevage lorsque les ouvriers goémoniers partirent un à un. Il acheta l'île en 1960 avec l'idée de produire pour exporter sur le continent et plus seulement pour nourrir sa famille. D'ailleurs nous n'étions pas nombreux. J'eus une soeur aînée et deux frères plus jeunes. Je n'oublie pas la « bonne », Soize. Nous étions donc, avec mes parents, une petite colonie de sept personnes à laquelle venaient s'ajouter de temps à autres trois quatre copains de mon père venus l'aider. Dans le temps la ferme produisait suffisamment pour une trentaine d'hommes s'échinant toujours dehors. Et encore, ses terres n'étaient pas travaillées comme elles auraient dû l'être. Le pari de mon père était donc parfaitement réalisable...

Une terre fertile
Jacques Lescoat dans son livre : "MOLENE, TERRE D'IROISE"  a très bien  décrit les conditions de vie à l'époque sur cette terre cultivable. Voici ce qu'il en dit :

Quémènès possédait une excellente terre limoneuse et enrichie par les apports constants d'algues et de goémons. 2 hectares y étaient labourés et, à la production de céréales et de légumes, s'ajoutait l'élevage des chevaux, des vaches, des moutons et de la volaille. Ceci permettait de faire vivre un fermier, sa famille et les domestiques. On y a compté, au plus fort de son peuplement, près de 40 personnes. Comme à Triélen et à Béniguet ou dans les îles du nord, Bannec et Balanec, la vie y était d'une grande âpreté.
On dit que pour recruter des domestiques qui ne venaient à terre que deux à trois fois par an, aux Gras, à la Saint-Michel ou à la Pentecôte, les fermiers, de passage sur le continent, allaient, au besoin, jusqu'à les enivrer!
L'île fut longtemps exploitée par Madame Floch, appelée Tante Marie. Originaire de Porspoder, elle arriva à 13 ans sur Triélen, se maria, passa trois ans à Bannec et... cinquante ans à Quémènès dont dix-sept ans veuve. Elle savait se faire respecter et obéir par ses 22 domestiques. Quand on lui demandait si elle se servait souvent de son fouet, elle répondait : «que non, un bon seau d'eau fait plus d'effet... ». Témoins de cette présence humaine maintenant disparue, subsistent, souvent basculés par les vents, les murets de pierre, la maison du fermier et les anciens bâtiments d'exploitation sont aujourd'hui en ruines. De Molène, on voit bien, par temps clair, se découper dans le ciel leur silhouette infime, donnant à la forme bleutée de l'île, une émouvante dimension humaine..


Un emplacement stratégique
Voici un extrait de "L'île de QUEMENES et les relations entre Bayonnais et Bretons en 1292"  par Hubert Michéa :

(..)Avant de proposer une conclusion il me semble utile de rappeler les conditions nautiques de franchissement des ras de Bretagne à cette époque et les conséquences stratégiques et historiques qui en découlaient.

A cette époque, passer à l'extérieur des îles du Finistère était une opération dangereuse en raison de l'insuffisance de la science nautique. Le navigateur perdait de vue les amers de la côte avant d'avoir paré les roches de la chaussée de sein sur lesquelles portent les courants de marée. Il était considéré comme plus sûr d'emprunter les chenaux côtiers de Sein et du Ras de Saint-Mathieu (19). Les sondages pratiqués dans les archives de la chancellerie anglaise montrent que le trajet de Bordeaux en Angleterre pouvait exiger de sept à plus de trente jours selon les circonstances. Les navires disposant de faibles capacités, en vivres et surtout en eau, devaient se réapprovisionner souvent et profitaient des escales forcées à Saint-Mathieu ou aux environs, par exemple à Crozon (Croidon, Croidune), Bertheaume (Bertram), pour compléter leurs réserves en prévision des contretemps toujours à craindre (20). Ce concours de circonstances fut à l'origine des péages établis par les comtes de Léon. Cette recette, transmise au Duc Jean II lorsqu'il eut consommé la spoliation de Hervé, comte de Léon, était sans doute ressentie à cette époque plus comme une taxe grevant le transport que comme un service réel, de la même manière que l'on constatera, plus tard, à Bordeaux des réticences à la levée de taxes destinées à l'entretien du phare de Cordouan? (21) . Certains bateaux tentaient d'y échapper lorsque les conditions météorologiques permettaient de contourner Ouessant et la chaussée de Sein, ou bien, de passer par les ras, en mouillant dans l'archipel de Molène, en particulier à Quémènès, où ils trouvaient de l'eau. S'ils étaient à la vue du Conquet, ils étaient hors de portée de contrôle immédiat par les receveurs de brefs. Cependant, identifiés, ils couraient le risque d'être arrêtés lors d'un passage ultérieur. Ils avaient donc, dans ce cas, intérêt à disparaître au plus tôt. Malgré la médiocrité d'un mouillage ouvert à tous les courants, l'île était fréquentée. Tout bateau y parvenant à la fin du jour, en été, lorsque la lumière diurne favorise la reconnaissance des amers, et si possible en fin de flot, pouvait espérer poursuivre sa route, six heures plus tard, au début du flot. Embarquer un complément d'eau était alors une tentation naturelle.

Combien d'eau et dans quelles conditions? Les vaisseaux du XVIII° siècle, par exemple le "74", embarquaient environ 2 litres d'eau par homme et par jour (22). Avec une trentaine de personnes à bord, un navire marchand devait maintenir un approvisionnement que j'évalue à, une dizaine de jours, soit 600 litres, afin de faire face à toute surprise. L'aiguade, effectuée au moyen d'une embarcation portant des barriques demandait du temps. Remplir douze barils de cinquante litres chacun, d'eau tirée d'un puits, demandait une bonne heure à laquelle il fallait ensuite ajouter le temps de manutention des barriques, du bord au puits et retour. Les bateaux pouvaient entrer en compétition à celui qui prendrait son eau en premier. L'heure de l'établissement du courant, qui commandait l'instant le plus favorable à l'appareillage n'attendait pas. Ceci constituait une source de conflit, d'autant que les fraudeurs avaient intérêt à déguerpir au plus vite. Qu'une rixe, "à celui qui prendrait de l'eau le premier" soit survenue dans un tel concours de circonstances , entre deux équipages, n'a donc rien de surprenant(...)

Suite et annotations : ici

 

30 hectares de Quémènès et de ses îlots ont été acquis en 2003 par le Conservatoire du Littoral, et l'île est gérée par la commune du Conquet. Dans le plan Bretagne Environnement, des travaux de restauration des bâtiments agricoles ont été menés, une activité agro-pastorale a vu le jour...

 

 

Quelques photos (par Jean Maout il y a quelques années...)
 

 

  Quémènès aujourd'hui
Depuis 2007 Soizic et David CUISNIER se sont installés sur Quémènès pour un projet ambitieux à l'initiative du Conservatoire du Littoral :  Exploitation agricole en maraîchage bio, chambre d'hôtes, éducation à l'environnement marin ... Voilà leurs missions pour réhabiliter ce territoire.

 

David et Soizic Cuisnier ont signé un bail de 9 ans avec le Conservatoire du Littoral(propriétaire) pour exploiter Quémènès. Leur objetctif : développer une exploitation agricole en développant le maraîchage biologique et aménager des chambres d'hôtes autonomes en énergie

David et Soizic devant leur ferme insulaire nouvellement équipée d'un générateur solaire(Photo: Ouest France)

Ile de Quémènès. De la vie et bientôt des hôtes

Ouvrir au public une île de 26 hectares dans l’archipel de Molène, en permettant à un jeune couple de s’y installer avec une petite exploitation agricole et des chambres d’hôtes : tel est le pari du Conservatoire du littoral sur Quémènès.« C’est la dernière des petites îles françaises peu habitées à être restée dans son jus », observe Louis Brigand, conservateur de la réserve naturelle voisine. Une ancienne ferme, composée de onze bâtiments, y est implantée. « C’est un ensemble architectural très cohérent, avec une harmonie », commente Hervé Le Bot, l’architecte qui a été chargé du bâti dans cette opération.

Autonomie en énergie

En partant de ces constructions, le Conservatoire, qui a acheté l’île pour 500.000 € en 2003, a vu l’intérêt d’introduire de la vie et de ne pas stériliser un territoire. « On montre que l’environnement n’est pas que contraint, qu’il est aussi attractif », explique son délégué régional, Denis Bredin. Des travaux ont été nécessaires, pour un million d’euros. Ils portent sur la réfection de certaines parties de la ferme, une cale et un dispositif de production d’énergies qui rend l’île autonome (*). C’est une sorte de « bouquet », qui fait appel à l’énergie solaire, à la fois thermique et photovoltaïque, ainsi qu’à l’éolien, avec des techniques connues. L’enjeu est plutôt dans la longévité, les îles étant assez rudes.

55 ans à eux deux Soizic et David Cuisnier, âgés de 25 et 30 ans, sont les deux nouveaux habitants de l’île

Pas d’atavisme insulaire : la famille de Soizic est de Dunkerque, celle de David du Mans. Elle était éducatrice en milieu marin, il a fait de l’aménagement du territoire et a été responsable d’un magasin de plongée à Brest. « Ce projet nous donne la chance de travailler sur le même site mais pas dans le même domaine », explique le couple, qui n’était pas à la recherche de solitude. Ils ont un bail de neuf ans, reconductible, avec le Conservatoire. Pas de loyer à verser mais de l’entretien en contrepartie. Eux-mêmes vont créer une coopérative ouvrière et se lancer dans une petite exploitation, d’1 à 1,5 hectare, avec des pommes de terre surtout, et avec un gros potager. Une vingtaine de moutons s’y ajouteront, pour la tonte et... le gigot.

À partir de Pâques 2008

À partir de Pâques 2008, mais de façon plus rodée à partir de l’été suivant, ils vont ouvrir trois chambres d’hôtes, pour six à dix personnes. Ils assureront le couvert, avec des liens aussi avec des fermes bio du continent. Tous deux iront chercher les candidats à Molène et comptent vivre de leur activité. Le cadre, en été, est idyllique et l’exotisme demeure, par tous temps. Il est rare aussi de pouvoir dire à l’arrivée, sans mentir : « Nous avons été retardés par les dauphins ».... * Le coût a été financé par le Conservatoire, le conseil régional, l’Ademe, EDF et l’Europe.

Vincent Durupt (article Le Télégramme)

 
Actualité de Quémènès (archives)
 

19 Juillet 2009

Quémènès. La vie reprend racine...
Sur l'île de Quémènès, dans l'archipel de Molène

la saison touristique bat son plein: quelque dix personnes dans les trois chambres d'hôtes proposées par David et Soizic Cuisnier, qui attend un enfant. C'est aussi, à la ferme, la saison des pommes de terre.
Midi et demi ce jour-là, beau temps dehors, convivialité à l'intérieur. Les hôtes s'assoient à la table commune. Véronique a fermé le livre qu'elle lisait, assise sur un muret. «Je me suis fait plein de copains», plaisante Jean-Yves, parlant des animaux de la basse-cour. Il apprécie les lumières de l'île: «Les bleus diffèrent suivant la profondeur de l'eau, les galets blancs sont ocre deux mètres plus loin». Quémènès, 26 hectares, culmine à treize mètres. Les «oreilles de lapin» ne désignent pas le garenne, qui court la lande, mais deux menhirs. A une pointe, des morceaux rouillés d'un chalutier frigo, le Notre-Dame-du-Calme, rappellent que le secteur est mal pavé. Une tempête, en 2008, a emporté une partie de la nouvelle cale.

David et Soizic Cuisnier, âgé de 33 et 26 ans, sont arrivés en mars2007. Le Conservatoire du littoral, le propriétaire, qui veut réintroduire de la vie sur l'île, rénove une partie de l'ancienne ferme, composée de onze bâtiments. Dans un hangar, sommeille un tracteur Massey Ferguson, arrivé en 1969.

Il roule encore... Le couple, qui a un bail de neuf ans avec le Conservatoire, reconductible, s'est lancé vraiment en avril2008, avec trois chambres d'hôtes, en pension complète, et l'idée d'une petite ferme. Tous deux n'avaient pas d'antériorité insulaire. La famille de Soizic est de Dunkerque, celle de David duMans. Elle était éducatrice en milieu marin, il a un bac agro, une maîtrise sur la géomorphie des littoraux et a dirigé un magasin de plongée. «C'était pour chacun la possibilité de travailler dans son domaine de prédilection, et au même endroit», explique David.
De la bourrache au goût d'huître
Les médias relaient ce projet original, le ressourcement insulaire séduit. Depuis avril dernier, la saison, qui se termine en octobre, affiche complet. Un heureux événement est d'ailleurs attendu début novembre, garçon ou fille.. «On se sent suffisamment bien pour agrandir la famille», commente Soizic, qui compte bien que l'enfant vive sur l'île. Il n'y découvrira pas veaux, vaches, cochons - la truie Bergamote n'a pas survécu à l'automne dernier - mais poules, coqs, pintades, oies, canards de barbarie et moutons. Egalement des courgettes et des tomates sous serre, de la bourrache au goût d'huître, ou de la mauve. Peut-être aura-t-il le privilège de monter avec son papa sur le tracteur pour aller arracher les pommes de terre. David a planté deux hectares de Monalisa, en a travaillé quatre pour la rotation. Il engraisse l'hiver au goémon et n'utilise pas de produits phytosanitaires. «La saison passée, nous n'avons pas perdu d'argent avec l'accueil mais sans nous octroyer de salaire. Il faudrait faire 20.000 EUR au moins avec les pommes de terre pour dégager un Smic à chacun» estime David.
Eolienne, panneau solaire, vie paisible
Autour, la vie paraît paisible. L'éolienne tourne comme une toupie aujourd'hui, moins calme que les panneaux solaires et photovoltaïques. L'eau d'un puits, et l'eau pluviale, traitées, suffisent aux habitants. Au retour vers Molène, deux phoques, qui paressent sur un rocher, entrent lourdement dans l'eau. Pratique Pommes de terre disponibles à 3 EUR le kilo, à la ferme de Keroudy, à Milizac (29). Ou sur commande, à Quémènès, par colis postal (4kg, 19 EUR port compris). info@iledequemenes.fr. Tél.06.63.02.15.08.
(article Vincent Durupt : Le Télégramme Photo : Eugène Le Droff)

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David et Soizic viendront vous chercher avec leur vedette à Molène !

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