Goémoniers d'hier et d'aujourd'hui   

         
 
Le "petit goémon" à Molène
Pratiquement toutes les familles de Molène ont connu à l'époque la récolte du "Petit goémon" (Bezhin bihan en breton, ou plus généralement appelé Pioca). Il fallait le récolter, le sécher, l'aérer, le découvrir, le protéger des intempéries... ce pendant une période plus ou moins longue en fonction de la météo. Une fois bien sec, il était mis en sac et vendu au kilo à des entreprises spécialisées du continent. Ainsi, selon la quantité de goémon récolté (en fonction du nombre de jours de marées possibles et de membres de la famille impiqués) les familles pouvaient prétendre à un revenu d'appoint non négligeable...

séchage du "petit goémon" sur le terre-plein de Molène en 1978 (Photo : SC)

variétés de goémons récoltés (photo : Wikipédia)

 
Le petit goémon en photos

Voici quelques photos prises dans les années 80, montrant le retour de marée de quelques Molènais, seuls pour certains ou en famille pour d'autres, les canots chargés de sacs de goémon récolté. Les canots à moteur permettaient aux plus expérimentés d'aller rejoindre les bases reculées de l'archipel. Chacun avait "ses coins" (un secret pour personne, mais jalousement gardés en se rendant dessus le premier), selon la marée pour avoir plus de chances de faire une "bonne marée" Une fois sur place à la marée descendante, le canot était mouillé et l'annexe permettaient de draguer au plus près de la base et servaient aussi de réceptacle avant de remplir les sacs... (Sauf indication, photos : Studio Claude Le Bot - Plouzané. Merci à Claude pour son autorisation...)

 

La récolte du petit goémon n'était possible qu'à des marées de forts coefficients (+de 80). Le petit goémon était étalé mouillé sur le sol (si possible en pierre ou en ciment) dés le retour de marée. Si les premiers jours, on le laissait blanchir tel quel et être "lavé" par les intempéries tout en le remuant sur le sol, s'en suivait plus tard un travail long et méthodique...

Dés qu'il commençait à être sec, on le rassemblait en tas que l'on devait protéger des intempéries en les recouvrant de bâches (généralement en tissu pour ne pas que le goémon pourrisse). Aux premiers rayons du soleil, on retirait les bâches, on aérait le goémon en l'étalant à proximité du tas. En fin d'après-midi ou à l'annonce d'une dépression, il fallait à nouveau rassembler le goémon sec en un tas et remettre la bâche, pendant qu'à coté du tas sec, blanchissait le goémon récolté du jour et ainsi de suite pendant toute la durée de la grande marée...
Bien souvent, ce travail d'entretien était assuré par toute la famille, car il fallait sans cesse surveiller la météo, et adopter les bons gestes en fonction de l'état de séchage.

Selon le nombre de jours que comportait une grande marée, certaines familles qui engageaient plusieurs de ses membres à la récolte, se retrouvaient vite avec des tas de goémon vraiment conséquents, essentiellement disposés sur le terre-plein et étirés en forme de pain ou de brioche... ces tas (en photo ci-dessous) faisaient le bonheur des enfants qui s'amusaient à les escalader, au grand dam de leurs propriétaires...

(cliché : Isabelle Leblic)

 

L'autre goémon récolté à Molène était le goémon épave, ramassé dans les grèves qui servait essentiellement à l'agriculture personnelle :

(cliché : Isabelle Leblic)

   

En Avril 1953, le revue Semaine du Monde consacre un reportage à Molène.
Cliquez ici pour visionner la photo originale

 

 
Les goémoniers de l'archipel

L'archipel de Molène est connu pour être un vaste champ d'algues estimé à plus de 10.000 hectares, le plus grand d'Europe.

Pas étonnant donc, qu'avec cette richesse et cette diversité d'algues, l'archipel a depuis des siècles attirer des convoitises...
Un champ immense de plusieurs variétés de laminaires, dont deux espèces appelées Tali et Tali penn qui peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur sont commercialisées à des fins pharmaceutiques ou cosmétiques.

Qui dit champ, dit cycle de pousse et de floraison, les laminaires tombant en automne et repoussant au printemps (plus belle période pour les admirer).

Ce sont ces algues que les goémoniers venaient ramassés, entretenir et vendre sur les différents îlots de l'archipel.

Si aujourd'hui, son ramassage mécanique et automatisé est réglementé et ne fait plus vivre que quelques hommes, ce sont des familles entières qui à l'époque venaient sur l'archipel tenter de survivre grâce à cette activité et ce dans des conditions parfois extrêmes...

 
Autrefois

Un peu d'histoire...
Goémon, source de richesses
Au cours des siècles passés, les algues constituent l’une des principales richesses exploitées sur l’estran. Elles forment une grande partie des amendements marins, procurent un combustible et une alimentation animale pour les habitants du littoral. Toutefois, le droit exclusif seigneurial de l’ancienne Coutume de Bre-tagne donne pouvoir à la noblesse et au clergé sur les ressources du domaine maritime. C’est seulement sous l’initiative de Colbert que celui-ci deviendra public. Sous l’Ancien Régime, le goémon est la source de nombreux textes législatifs et procéduriers, dont l’Or-donnance de la Marine de Colbert, en 1685, qui définit trois catégories : le goémon-épave, constitué par les algues arrachées par la mer et rejetées sur le rivage, libres de droit et de collecte, le goémon de coupe, qui ne peut être récolté que par les habitants des paroisses sur le territoire desquelles se trouvent lesdits rochers, enfin, le "goémon de fond", principalement les laminaires, peu exploité à cause des moyens techniques nécessaires.
Ainsi sont privilégiées les communes qui possèdent une façade maritime, jalousées par celles de l’intérieur. Il faut y voir une compensation nécessaire aux difficultés de la vie maritime et au manque de bois par rapport aux communes de l’intérieur mieux pourvues. Leur privilège est circonscrit dans les relais de la mer. "Qu’au surplus tout le monde a droit d’aller couper et enlever avec des bateaux le goémon qui croît sur les rochers que la mer environnent et ne quitte jamais..."

Des techniques multiséculaires
Au XIXème siècle, l’activité goémonière va se développer en Bretagne avec une législation relevant d’un arrêté communal qui fixe les périodes de coupe du mois de janvier au mois de mai (ar verz). Cette réglementation, toujours valable aujourd’hui, n’est cependant plus appliquée, alors qu’elle permettrait de mieux gérer les champs d’algues.
Traditionnellement, les goémoniers sont des marins-paysans ou des cultivateurs à part entière, souvent des femmes, employées pour la cueillette des algues brunes, dites fucales. Mais seuls les inscrits maritimes peuvent aller en mer accompagner les dromes, radeaux de goémons flottants, manœuvrés avec de longues perches plombées. Cette technique particulière de flottage, déjà relatée dans un texte de la vie de Saint-Yves daté de 1330, reste utilisée jusqu’au milieu du XXème siècle.

Extrait du chapitre concerné, dans l’ouvrage Mers et Marins en France d’Autrefois, Archives et Culture.
 

Molène et surtout son archipel ont depuis toujours été associés au passé plus ou moins glorieux des goémoniers. On ne sait pas exactement depuis quand l'archipel de Molène a connu ses premiers goémoniers. Ces "Pigouillers" comme on les appelait jadis (ils se servaient de pigouyes,  sorte de faux pour décrocher le goémon dans l'eau) avec leur double casquette de Paysans - pêcheurs, moitié fermiers et moitié gens de mer au statut obligatoire d'inscrits maritimes.

Les goémoniers de l'archipel ont toujours été des gens de l'extérieur, souvent fermiers sur la côte, ils venaient là six mois de l'année, (de mai à octobre) moissonner la mer et tenter de gagner un peu plus leur vie.

Le travail y était vraiment pénible, les conditions épouvantables. Ils vivaient durant toute la saison dans des baraques de fortune, des cahutes, construites avec des galets, du sable, des mottes de terre et tout ce qui pouvait faire l'affaire...

Carte postale ancienne Lédénès-Molène dans les années 20 (collection privée)

   

 Ces forçats paysans de la mer, parfois contraints et exploités dans leur travail ont marqué à jamais le patrimoine maritime de l'île et de ses environs. Sur les îles de l'archipel, les algues ont été récoltées et exploitées par des générations entières de famille de goémoniers, travaillant bien souvent pour le compte d'une usine de production du continent, puis plus tard pour leur propre compte faisant un ainsi (pour certains) leur richesse. Pour d'autres, par contre ce travail forcé était leur seule solution de survie, les simples d'esprit, les délinquants et les repris de justice par exemple.
(voir page Quémènès)

Les Pigouillers récoltaient tout à la force des mains, devaient sécher le Tali, l'entretenir puis le brûler (voir four à soude ci-dessous) pour le vendre ensuite au poids contre une somme dérisoire par rapport au travail demandé. (Bien souvent ce sont les femmes qui se chargeaient de ces corvées, pendant que les hommes récoltaient).

 

Carte postale ancienne maison de goémoniers à Lédénès (collection privée)

   

Le saviez-vous ?

- En 1945, en Bretagne, il y avait 3000 goémoniers, 400 à 500 étaient de Plouguerneau. En 1950 il n'y en avait plus que 300...

- Jusqu'en 1978, date depuis laquelle le goémon est désormais vendu mouillé (vert), les familles de goémoniers vivaient sur les îles pendant les six mois de la saison du goémon (mai à octobre), le temps de le "moissonner", de le sécher et de le vendre...

 

Carte postale ancienne maison de goémoniers à Lédénès (collection privée)

 
La vie sur les îlots de l'archipel

Si l’on connaît à peu près le mode de vie sur Ouessant et Molène, on ne sait que peu de choses sur les petites îles jusqu’au 18ème siècle. Sans doute l’existence y était, du fait de leur étroitesse et de leur isolement encore plus pénible.
         Tout ce qui pouvait être utilisé l’était : la lande servait de litière pour les animaux. Les glaids et ajoncs étaient employés pour la couverture des maisons, les bouses de vache que l’on faisait sécher ainsi que certains troncs d’algues servaient à faire du feu ; car il n’y a pas d’arbres sur les îles et le bois des « bris » était cultivée ; on pratiquait l’élevage d’ovins et de bovins et bien entendu le porc qui était la nourriture de base, puis des volailles et des lapins.
         Cette existence était à peu près identique d’une île à une autre, avec quelques variantes suivant le fermier. 
         Car ces îles étaient louées à des fermiers ; les baux étant à durées variables. Ceux-ci, à leur tour embauchaient des domestiques, et ce n’était pas facile de trouver des gens qui accepteraient de vivre isolés dans des conditions matérielles incroyables, effectuer un travail de forçat pour une rémunération infime. Il arriva même que des fermiers se volent entre eux un ou plusieurs domestiques . Ce recrutement s’avéra encore plus difficile après l’épidémie de choléra en 1893 qui décima une nombre important de ces malheureux. 
         Il y eut un peu de tout : des garçons de ferme de la côte ne trouvant pas de travail, pauvres gars sans famille, issus de milieux où l’on ne pouvait nourrir tour le monde , quelques têtes brûlées comme on disait, certains ayant besoin de se faire oublier, il y eut même un notaire paraît-il ; mais en général, c’était des paumés. 

         Pour recruter son personnel, le fermier de l’île envoyait sur le continent son MEST-MEVEL (chef domestique), ce recrutement se faisait un peu au hasard, dans les rues, au café . On faisait miroiter à ces pauvres hères les avantages pécuniaires de cette embauche, quelques verres de gros rouge avait raison des hésitants, pas de contrat écrit, d’ailleurs beaucoup de ces hommes étaient illettrés. On les convoyait vers le Conquet et, là, on les embarquait de gré ou de force dans le bateau de fermier. On passait sous silence le fait qu’ils ne sortiraient de l’île que 2 fois par an : à la Saint Michel et aux gras, et que leur mode de vie s’apparenterait à celle des bêtes. 
         On a beaucoup écrit sur l’existence de ces hommes, avec plus ou moins d’exactitude d’ailleurs, il n’en reste plus beaucoup de vivants et ceux que j’ai rencontré ne sont guère loquaces, ils n’en gardent pas un bon souvenir. 
         A ces îliens de fortune venaient tenir compagnie d’avril à octobre des gens de la côte Nord, qui eux ne s’occupaient que du goémon, on les appelait les pigouillers, mot dont l’origine n’a jamais été très bien défini, peut-être un rapport avec les calfats du fait qu’ils travaillaient dans la fumée lors du brûlage des algues. 
         Si les domestiques qui vivaient toute l’année sur ces îles n’avaient pas grand confort, c’était pourtant du luxe à côté de la façon dont vivaient ces pigouillers. L’habitat consistait souvent en une barque retournée dont une partie était enfouie dans le sable, ou bien une cabane faite de planches, le tout protégé par du papier goudronné ou par des mottes de terre. L’intérieur était meublé (si on peut dire) sommairement, quelques planches servaient de table et de bancs pour s’asseoir. Un trou au milieu de cette habitation sert à évacuer la fumée qui s’échappe d’un foyer aménagé avec des pierres, quelques ustensiles de cuisine et un hamac complètement cet aménagement. Ils ne faisaient aucun effort d’ailleurs pour avoir un peu plus de confort. 

         A côté de ces gourbis était aménagé un abri pour le cheval. (voir photos des habitations sur cette page) 
         Le travail commençait à l’extinction des feux des phares et se terminait lorsqu’on les allumait. Ces hommes descendaient vers les grèves, vêtus de  frusques les plus variées, protégés par des monceaux de toile à sac attachés avec une ficelle, mâchonnant leur éternelle chique, la fourche, la guillotine ou le scoubidou sur l’épaule. (voir photo des divers outils) 
         Une courte pause dans la matinée pour un casse croûte et l’on cessait le travail de la matinée lorsqu’on voyait le chiffon attaché au bout d’un mat qui annonçait le repas rapidement expédié. 

         Le menu variait peu : soupe au lard avec des pommes de terre, ou kig à fars qui cuisaient des de grands chaudrons. De temps en temps on ramassait quelques crabes, ou bien on faisait un ragoût de berniques, plus rarement une omelette avec des œufs de goélands, en prenant la précaution de ne prendre que des frais. 
         Il y avait tout de même une pause dans cette vie d’enfer, c’était le dimanche car, ce jour, on ne travaillait pas. Sur certaines îles un semblant de vie humaine y faisait son apparition : l’office religieux. A 10 heures on se réunissait  dans la pièce où vivaient le fermier et sa famille. La femme ou l’homme lisait l’évangile et récitait le chapelet, le plus souvent en breton. Bien souvent les hommes reprenaient en cœurs les « répons ». 

         Presque tous venaient y assister, certains voulant retrouver pendant quelques instants un souvenir, d’autres, il faut l’avouer uniquement intéressés par le coup à boire, car on distribuait à cette occasion le « verre de messe ». 
         Mais hélas, on ne se contentait pas pendant cette journée de ce verre, et si pendant la semaine, la consommation de vin était interdite, ce dimanche se passait en beuveries qui se terminaient le plus souvent en véritables bagarres. 

         Le lundi matin, il était fréquent que le fermier donne un nouveau coup à boire afin de remettre tout le monde au travail. Il n’y avait pas d’échange d’argent sur l’île. Le fermier tenait-il un semblant de comptabilité ?          Tout se faisait à la main ; il n’était pas possible d’installer comme en certains endroits de la côtes : de Saint Mathieu à Plougonvelin des daviers qui facilitaient la tâche.

         Ces hommes travaillaient souvent dans l’eau jusqu’au dessus des genoux, et qu’il pleuve ou qu’il vente. On commençait par couper le pédicelle qui fixe l’algue aux rochers à l’aide d’une petite faucille très tranchante (emmanchée au bout d’une gaule de 5 à 6 mètres) appelée guillotine ; plus tard, on se servira d’un scoubidou ; puis déposer soit à bras, soit à l’aide d’un crochet de varech ruisselant, gorgé d’eau, dans la barque : bateau à fond plat qui pouvait accoster facilement près des rochers.
         Cette embarcation était conçue aussi pour pouvoir embarquer chevaux et vaches, opération pas facile à exécuter  surtout  par mauvais temps.
         Notons que le cheval se comporte très bien sur ce bateau et s’il tombe à la mer, il est capable de rejoindre seul la côte, ce qui n’est  pas le cas  pour les vaches. (voir photos des bateaux et embarquement ces chevaux)…

L'archipel Molènais - Vital Rougerie

 
Le brûlage du goémon / les fours à soude

 Si le travail le plus pénible était fait lorsque le goémon était débarqué sur la dune, pour autant la tâche n’était pas terminée car il fallait faire sécher ces algues en les tournant et retournant comme le foin dans les prés. Dès qu’il pleuvait on le mettait en tas afin qu’il ne soit pas lavé, car l’eau entraîne l’iode et une fois brûlé les cendres seraient pauvres, donc mal payées par les usines qui traitaient la soude.
Un autre travail commençait, très pénible : le piffonage. A l’aide d’outils appelés piffons, barres de fer aplaties à un bout, on mélangeait et brassait cet amalgame pendant 2 à 3 heures dans des "fours à soude" ou "fours à goémon": des fossés creusés à même la dune. De 5 à 10 de mètres de long , les parois et le fond sont tapissés de pierres plates assemblées avec de la glaise.
Ces fours étaient divisés en compartiments dans lesquels on brûlait le goémon sec.
Une fois refroidi on en faisait des pains de 70 à 80 kg qui étaient transportés par gabarres jusqu’à l’usine, (le plus rapidement possible afin qu’ils ne s’effritent pas) pour en faire de la teinture d'iode. Le goémonier était alors payé par rapport à la teneur en sel du pain...
On obtenait 2 à 3 kg d’iode avec une tonne de goémon sec. La production moyenne annuelle de cette denrée pour un goémonier était de 10 à 12 tonnes, alors qu’elle n’était que de 6 à 8 sur le continent. 
Évidemment, ces feux dégageaient une fumée très dense, âcre, suffocante, qui enveloppait toute l’île, rendant plus pénible encore le gagne pain de ces hommes, îliens de passage, hirsutes, gesticulant dans ce milieu où l’on se voit à peine, ressemblant à des monstres, se débattant dans un carrousel effrayant.

Le saviez-vous ?
Sur la côte nord du Finistère, mais aussi à Molène et sur certains îlots de l'archipel, on peut encore observer des fours qui ont été retrouvés et à nouveau mis en valeur. (ci-contre à Balanec. Photo : Vincent Squiban)

   

Pour le brûlage, on garnissait le fossé de paille ou de fougères bien sèches, on y mettait le feu en ajoutant des branchages puis, poignée par poignée on « chargeait » avec le varech, et là, entrait le savoir faire du goémonier : assez de feu mais pas trop  afin que l’iode ne se volatilise pas. Petit à petit les cendres s’agglomèrent et forment une espèce de lave.

 

Cartes postales anciennes Brûlage du goémon (collection privée)

   

Le jour de la vente des pains de soude, la gabarre déchargeait une sorte de potence, qui servait à la fois de palan et de balance...

(collection privée)

 

Les outils d'autrefois...
De tout temps, le cheval a secondé l'homme dans son travail. En Bretagne, s'il travaillait aux champs, bien sûr, il a également été utilisé pour ramasser le goémon qu'il soit d'épave ou coupé, pour étendre dans les champs ou vendre aux usines. Le cheval descendait donc dans la grève avec leurs propriétaires et suivait la marée. Les charrettes, étroites, qu'ils tiraient étaient chargées d'algues puis remontées sur la dune. Il fallait alors donner un bon coup de collier pour extirper la charrette ainsi chargée du sable de la grève. Les fucus et ascophillum, avant d'être utilisés, comme aujourd'hui, pour en extraire des alginates, étaient excellents pour l'amendement des terres.

Les chevaux aiment l'eau

On faisait même monter dans les pigouillers (bateaux goémoniers) les chevaux, pour les emmener travailler sur les îles! Les chevaux bretons entraient dans l'eau jusqu'au poitrail pour décharger les bateaux remplis de goémon. Habitués à la mer, ils nageaient et nagent encore très bien, sans appréhension aucune... (source :  Le Télégramme)

 

 

Goémoniers à Lédenez en 1961 (Photo : MC)

Embarquement au Conquet d'un cheval pour les îles (Collection privée)

 

La récolte du goémon de fond nécessite toujours l'utilisation d'un bateau bien ventru pour stocker les algues envahissantes. Autrefois on le récoltait uniquement à marée basse. (les navires et les moyens de maintenant permettent de rester plus longtemps en mer en suivant la marée).
Au 19ème siècle et jusqu'à la moitié du 20ème, on coupait les laminaires avec une guillotine (appelée falz hir en breton). C'était une sorte de faucille avec un long manche. Le goémonier la plongeait dans la mer, faucher et la remontait à bord du bateau à la force des bras.
Dans les années 1960 apparaît le "scoubidou" à bras. Le manche se terminant en forme de guidon permettait de décupler la force produite par le goémonier lorsqu'il la tournait.


Goémoniers à Lédenez en 1961 (Photo : MC)

Les bateaux goémoniers traditionnels:
pour les plus gros (6,50 m de long), on utilisait la voile alors que pour les plus petits (4 à 5,50 m de long), on utilisait l'aviron.

Avant les années 1960, on utilisait une charrette attelée à un ou deux chevaux qu'on menait dans l'eau près du bateau. On déchargeait le goémon dans la charrette à l'aide de crocs.
Une fois remplie, le cheval tirait la charretée de goémon jusqu'aux dunes où il était déposé en petit tas pour le sécher.
Aujourd'hui, le tracteur et la remorque ont remplacé le cheval et la charrette, et la grue hydraulique a remplacé le croc.

(photo : MC)

Lorsque le goémonier ne possédait pas de charrette et de cheval, le déchargement s'effectuait avec des civières en bois (kravazh)

(photo : Louis Bourdon)

Régulièrement jusqu'à la fin des années 60, une gabarre affrétée par les usines de production du nord Finistère, venait chercher les tas de goémon séché pour l'acheminer sur le continent.

(Photo : MC. Prise dans les années 60 à Lédénès)

Photo extraite du très beau film de
Corentin Beauvais
(cinéaste amateur de Brest) tourné en 1955,
qui s'intitule "Goémoniers à Béniguet".
(Merci à la
Cinémathèque de Bretagne
où ce film est consultable mais non en vente)
On peut y voir la gabarre Yvette...

Consultez
la fiche technique du film

 

   

 Photos de Martial Le Bousse

 
   

Voici de très belles photos envoyées par Martial Le Bousse. On y voit l'expédition du goémon à partir Lédénés par la gabarre N.D. de Trézien. Voici ses commentaires :

"Le goémonier avec le cheval est Claude Créach. Je reconnais également sur ce tas de goémon, Louis Créach (son père), Armand Podeur, de (je ne suis pas sûr) Cyprien Masson (père) ; l'autre jeune, je ne réussis pas à le reconnaître..."

(photos : Martial Le Bousse)

 

Lédénès de Molène

Aujourd'hui sur Lédénès de Molène, on peut encore observer quelques baraques de goémoniers (datant des années 60), derniers vestiges de ce passé historiques.


Comme tous les îlots de l'archipel, Lédénès, le plus proche et appartenant à  Molène est devenu un site que l'on cherche à protéger.

L'Amicale Molènaise organise régulièrement des journées environnement pour entretenir l'île.
 

Une mise en valeur du site et de ces derniers habitats goémoniers est d'ailleurs à l'étude par la municipalité de Molène et le Conseil Général...

( photos : SC )

   
   

Le saviez-vous ?


La cale de Lédénès date de 1971.
Un des frères Naud (Célèbre famille de goémoniers de Plouguerneau, mariés à des filles de Molène) avait armé un bateau de 10m en 1966 avec un matelot, sa femme s'occupait du séchage du goémon sur les dunes de Lédénès.
Le 26 Mars 1970, il fit la demande au conseil municipal de Molène, de pouvoir utiliser tous les ans les dunes de Lédénès pour le séchage de son goémon. Cette demande lui serait accordée à une seule condition : qu'il s'engage à construire à ses frais une cale destinée au déchargement du goémon. Il accepta, fit construire cette cale d'une longueur de 60m et remplaça dans les années 71-72 sa charrette et son cheval par un tracteur...
Six ans plus tard, il n'y avait plus besoin de débarquer le goémon sur l'île pour le sécher, mais... la cale est toujours là ! 

( photos : SC )

   
De nos jours
 

Ce n'est qu'au début des années 1970, avec la motorisation des outils embarqués, que la vie de ses goémoniers va changer... le scoubidou hydraulique voit le jour ! Un bras articulé placé sur le pont du bateau, actionné depuis la cabine et qui se termine par un simple crochet (ce scoubidou sera sans cesse améliorer jusqu'à nos jours). Cette  invention va révolutionner la filière du goémon, augmentant les rendements à chaque marée et donc plus de gains pour les goémoniers....

La motorisation et le scoubidou hydraulique mais aussi l’autorisation de vente du goémon non séché ont permis de ramener des tonnages de plus en plus importants. Les bateaux actuels mesurent maintenant de 10 à 12 m et peuvent ramener de 15 à 40 tonnes de laminaires.

Certains bateaux sont également équipés pour pouvoir pêcher la coquille Saint-Jacques en hiver.

(Photo : SC)

   
Le "scoubidou" hydraulique de nos jours est un bras motorisé piloté à partir de manettes dans la cabine. A l'extrémité de ce bras que le goémonier plonge dans la mer pour aller racler la roche, on trouve une vis hélicoïdale. Il lui suffit alors de la faire tournoyer très vite dans l'eau et de la remonter en même temps pour remonter le goémon arrachée au fond. Pour augmenter encore plus le rendement, certains bateaux avec plus récents, vont jusqu'à s'équiper de deux scoubidous Hydrauliques ! par contre, il faut au moins deux personnes à bord...
 

ces trois photos de "Souiky" (Flickr) montrent bien les étapes d'arrachage et de remontée du goémon à bord à l'aide d'un scoubidou hydraulique

   

Goémonier moderne équipé d'un seul scoubidou: ( photos : SC )

 

Goémonier moderne équipé de deux scoubidous:  ( photos : Raid Phar'Ouest )

 
 Que fait-on du goémon de nos jours?

 

 

 

 

infos concernant les goémoniers, d'après "Molène, une île tournée vers la mer" d'Isabelle Leblic et d'après "l'archipel Molènais" opuscule de Vital Rougerie.

Pour plus de détails sur les goémoniers, un écomusée est à votre disposition à Plouguerneau (29).
 

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