L'agriculture à Molène    

         
L'agriculture à Molène
   

 

Molène, Moal Enez en breton, l'île où rien ne pousse !
Trop basse, trop exposée aux vents et marées... sa terre disait-on est impropre aux cultures !

Ce qui est certain, c'est que Molène qui vivait surtout de la pêche, s'est fait plus connaitre par ses sauvetages en mer héroïques que par ses excédents agricoles...
 


(cpa : collection privée)

   
L'espace cultivable au début du XXe siècle

Jusque dans les années 50, on disait que "tout était cultivé" à Molène. Sur les 127ha que comptent l'île et ses îlots, environ la moitié était occupée par une multitude de petits champs...

Les Molènaises (essentiellement) y faisaient pousser des céréales (blé, orge, seigle), des pommes de terre et des légumes divers dans certaines parcelles où la terre (bien que toujours un peu sablonneuse) était exploitable. Ces récoltes n'étaient jamais suffisantes pour nourrir toute la population, mais constituer un complément vital et indispensable à l'île.

 Chaque famille cultivait un assez grand nombre de parcelles, certaines toutes petites. Quelques riches propriétaires pouvaient posséder jusqu'à 250 - 300 parcelles, que certains (plus occupés avec l'armement ou la pêche) affermaient en partie ou en totalité en échange d'un quart des récoltes !
Pour ceux qui possédaient peu ou pas de terre du tout, la municipalité leur offrait la possibilité de louer des bouts de terrains communaux pour leur permettre de survivre...

 

(Vue aérienne de Molène en 1929.Collection privée)
Le morcellement des parcelles cultivées est révélateur du partage des terres entre les familles - taille moyenne d’une parcelle 70 M², ce système fonctionnait parfaitement malgré
l’absence de cadastre. Toutes les terres cultivables étaient exploitées...

cliquez sur l'image pour l'agrandir (pdf)

   

Molène n'étant pas cadastrée (comme Sein), chaque famille bornait ses parcelles avec de grosses pierres, placées à chaque bout du champ, sur lesquelles on y indiquait les initiales du propriétaire ou tout autre signe distinctif... Malheur a celui qui ne respectait pas ces limites disait-on !

 

 

 

(photos : Isabelle Leblic)

Ci dessous vue de parcelles à Molène

(Quand on sait qu'aujourd'hui encore à Molène, on a encore du mal à savoir à qui appartiennent exactement certains "bouts de terrains" parce qu'un jour l'arrière grand-père d'un tel l'a prêté, échangé, donné, repris, etc...)

Selon leur situation dans l'île, les parcelles n'étaient pas de qualité identique. Ainsi, les champs situés au Nord, près du moulin, avaient une bonne terre dure, argileuse. A l'inverse, les terres situées au sud, étaient plus sablonneuses et il fallait y être fin connaisseur pour espérer avoir de beaux légumes...

De nos jours, on peut encore apercevoir des parcelles délimitées par des muretins imparfaits de galets, alignés le plus droit possible...

(photo : SC) 

   
Le travail aux champs
- Les Molènaises commençaient très jeunes à travailler aux champs comme leurs frères embarqués très tôt comme mousses sur les bateaux de pêche.

- Dans les familles les plus pauvres (qui ne possédaient pas ou peu de terres à cultiver), les filles dés leurs dix ans, allaient "gagner leur journée en faisant la terre" et gagner jusqu'à dix sous par jour en travaillant pour les autres.

- Le travail de la terre était dur au quotidien. Il n'y avait ni chevaux, ni bœufs pour labourer les champs (les familles n'avaient pas les moyens de les nourrir). Tout était fait à la main, à la bêche. Les femmes bêchaient les champs fin décembre, début janvier pendant que les hommes préparaient leurs casiers pour la saison suivante.

- Durant l'hiver, les femmes allaient sur les grèves ramasser les goémons épaves pour engraisser les champs. Les molènais avaient vite compris l'importance de cette ressource d'engrais et de fertilisants inépuisable... Le goémon épave était remonté en faix et séché ainsi sur les parcelles avant d'être répandu lors des plantations. (On mesurait d'ailleur l'importance d'une parcelle au nombre de faix que l'on pouvait y voir...)

C'est quand même bien souvent les hommes qui se chargeaient de remonter les ces faix de goémon de la grève aux champs, faute de bestiaux et de charrettes pour le faire... Ils ramassaient ce goémon épave sur les grèves essentiellement au printemps et en automne (au moment des tempêtes d'équinoxe), on le "lavait de l'excédent de sel" grâce aux pluies, on le séchait et on le répandait sur les champs pour favoriser les récoltes.
 


(Ci-contre : Jeune goémonière à Molène. Collection privée)

   
(...) Indépendamment des formes de travail rémunérées, il existait à Molène un système d'entraide entre parents et voisins. Par exemple, une Molènaise qui avait beaucoup de terres à cultiver seule se faisait aider par ses cousines qui en avaient moins et qui terminaient donc plus tôt leurs champs. Une autre, ayant fini de battre le grain chez sa mère, allait chez la voisine pour l'aider. Battre le grain à plusieurs, était beaucoup plus rapide et moins fatiguant, mais il fallait bien s'accorder et rester en cadence pour ne pas s'emmêler les fléaux : chacune mettait son coup, l'une après l'autre.

Ces moments de battage et de fourrage en commun (en photos ci-dessous) sont encore bien présents dans la mémoire collective des anciens de l'île...
Scène de battage du blé à Molène (Maison Jean-Paul & Alphonsine. Collection privée) Préparation du fourrage (Collection privée)
   
L'élevage autrefois
A l'époque, chaque famille possédait quelques cochons pour le lard et les saucisses, ainsi qu'une vache ou deux pour le lait et le beurre...
Les cochons de lait étaient achetés sur le continent lors de foires, de marchés et étaient amenés à Molène pour y être engraissés...
Les Molènais organisaient d'ailleurs à l'époque des fêtes du cochon aux périodes d'abattage des porcs entre amis, voisins... A tour de rôle, les familles tuaient le cochon, les morceaux (faute de pouvoir les conserver) étaient distribués avec les proches et les voisins.  Seul le lard, qui était plongé dans le sel, pouvait se gardait pour agrémenter la soupe en hiver. Dés septembre, les cochons étaient "bons à tuer", ces fêtes pouvaient commencer et les familles se réunissaient le soir pour fumer les andouilles et les saucisses...

Les pâturages étaient les terrains communaux du Téven et l'île de Lédénès que les vaches rejoignaient à marée descendante par le sillon appelé "chemin des vaches".

(ci-contre : Une vieille carte postale des Editions Le Bihan, montrant une jeune vachère surveillant ses bêtes à Lédénès)

Les Molènais élevaient également quelques poules, lapins et moutons.

Si le bétail molènais comme les porcs et les veaux était en partie élevé pour la viande, il restait néanmoins rare à Molène et se composait presque exclusivement de vaches laitières (...) qui se nourrissaient beaucoup de goémon brouté sur les plages. C'est peut-être pour cette raison que ces vaches donnaient, bien qu'en petite quantité, un lait de très bonne qualité et apprécié des médecins du continent qui le conseillaient contre la tuberculose...

Quand on tuait un veau (pour les familles qui avaient la chance d'en posséder) on partageait également ses abats mais pas la viande. Elle était en effet vendue au boucher du Conquet qui venait tous les samedis... un bon moyen pour faire rentrer un peu d'argent liquide dans le foyer.

 

Aujourd'hui, moutons et potagers

De nos jours, l'activité agricole perdure seulement par l'entretien de quelques potagers privatifs et de l'élevage de quelques poules et moutons.

Dans ces potagers bien souvent situés près des habitations, le Molènais cultivent essentiellement des pommes de terre, des choux, des carottes, des salades, des radis...

L'hiver; certains utilisent encore pour leurs champs, les bienfaits du goémon épave qu'ils vont ramasser à l'aide d'une brouette ou d'une moto-brouette.

Lors de vos balades, de vos tours de l'ile, vous remarquerez certainement le nettoyage de certaines vieilles parcelles qui font ressortir leurs muretins d'époque, vous admirerez la beauté ou l'originalité de bon nombre de jardins et de potagers molènais.
Vous apercevrez encore quelques moutons dans la lande, quelques biquettes en liberté et surtout, beaucoup de lapins sauvages !
(photos : SC)

 

Page réalisée d'après "Molène, une île tournée vers la mer" d'Isabelle Leblic

 

 

 

 

 

 

 

 

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